RÉFORMES/GAUCHE
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C'est la question du réformisme de gauche celle qui se posse au lendemain du cycle de l'élection présidentielle 2007 en France et des prémiers mois (y compris les déceptions) du nouveau gouvernement et de la opposition de gauche (y compris les dérapages et les déceptions).

Pas seulement les trois problèmes classiques, parti, programme et leadership, mais aussi ceux qui depuis longtemps hantent et affaiblissent la gauche politique et la gauche sociale et, encore plus important, qui affaiblissent la capacité de négociation et de revendication des plus pauvres et des plus affectés par les inégalités.


Il y a les espaces topiques essentiels de l'économie politique (marché du travail, salaires et revenues, et travailleurs;insertion dans l'économie-monde et gouvernance mondiale; politique commerciale, protection, ouverture et protection sociale; discrimination, ségrégation et précarité; avenir des nouvelles générations; production et dissémination démocratique de la connaissance; institutions et règles du jeu).

Il y a bien sûr un débat et un conflit à propos de la position de la France dans la politique mondiale. Transformer à la Kaczynski la politique étrangère en celle d'une île médiatiquement hardie et solitaire au centre de l'Atlantique aura des conséquences sur la vie, la sécurité et l'avenir des Français.

Mais il y a aussi le débat et le conflit à propos d'une certaine idée de la culture comme territoire sujet de conquête. S'annonce déjà un travail de la droite sur les symboles et sur l'imaginaire, pour "faire passer les actes" des réformes promises. Une continuité peut-être de l'approche TF1 selon laquelle les médias préparent, produisent dans les cerveaux des espaces de disponibilité libres pour la réception des messages. Bataille perdue par la gauche lors des élections récentes en France et ailleurs, c'est finalement la lutte incessante pour la dignité humaine celle qui doit continuer.

QUATRE VISIONS DE L'EUROPE ET DE LA FRANCE?

Au lendemain des trois grandes crises politiques françaises de 2005 et 2006 et de l'élection présidentielle de 2007, l'on a fait référence  à l'existence au moins de quatre "visions" de l'Europe et de la France, celle des souverainistes, celle des libéraux, celle de l'extrême gauche et du Parti communiste, et la soi-disant "vision des socio-démocrates".

Cette dernière serait, mais pas exclusivement, celle des socialistes. Une vision, la dernière, qui n'a pas réussi son pari lors de la présidentielle 2007. On appelle à la réfondation, à la réinvention, et quelques uns encore quittent les difficultés d'une opposition qui manque de leader, de parti et de programme pour tenter a l'aventure de la modernisation autoritaire du gouvernement de la droite.

En 2005 Jean Daniel (lire) pense que c'est le pays tout entier, et pas seulement la gauche, qui traversait une très profonde crise d'identité ("le pouvoir est rejeté, les élites sont désavouées et l'Europe sanctionnée"); c'est pour ça qu'on doive mettre du temps avant de décider où se situent l'espérance et le combat nouveau. Daniel affirme encore que "les débats sur la refondation de la gauche concernent la nation entière. Ils répondent à la préoccupation de tous ceux qui voulaient formuler un «oui de gauche»".

Zaki Laïdi concluait il y a deux ans que "le défi pour la gauche, c'est d'inventer un nouveau regard sur le monde et les choses en se remettant en cause bien plus qu'elle ne l'a fait. Ce que ses électeurs ont indirectement sanctionné le 29 mai, ce n'est pas son excès de réformisme, mais son excès de conformisme".

AU CENTRE DU DÉBAT, LE PARTI SOCIALISTE

Au centre du débat nécessaire, le Parti Socialiste. Sa transformation semble être encore possible. C'est le défi des socialistes, sa responsabilité. Ils ont failli à le faire avant et pendant le processus achevé le 6 mai 2007. Voilà une des causes parmi les premières de la victoire de la droite. Participation, démocratie participative, oui. Mais il s'agit de la nature institutionnelle d'une organisation renouvelée par la participation, recréée par la démocratie, et pas seulement d'une manière d'être promise au lendemain des victoires finalement impossibles.

La tentation instrumentaire, de l'efficacité d'une machine à gagner, de l'attente d'un leader fort et despotique est à l'ordre du jour, tout autant que celle d'insister sur des alliances et manoeuvres entre élites spécialises , voire professionalisées en la construction de défaites électorales pour mieux se réproduire. Cette tentation amène à des défaites politiques de longue durée, lourdes de conséquences sociales.

Le débat est désormais ouvert. Une des questions essentielles, la situation du travail et des travailleurs. Comme suggére Thomas Philippon*, la crise française serait d'abord le fruit de rélations sociales marquées par l'insatisfaction et la méfiance. Un syndicalisme faible et de contestation ou, aussi et principalement, un capitalisme d'héritiers aux pratiques manageriales conservatrices et frustrantes pour les salariés?
(*) Thomas Philippon, Le capitalisme d'héritiers, Seuil, 2007