HISTOIRE
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2005: UN ÉPISODE À PROPOS DU PASSÉ COLONIAL
La loi du 23 février 2005: l'universalité de la souffrance des victimes signifie-t-elle que tous les événements sont équivalents au trébuchet de l'histoire?

Opinions
E. Saada: distinguer travail historique et positions militantes Φ

C. Lanzmann: universalité des victimes Φ

Documentation

L'appel des Indigènes de la République Φ


Histoire immédiate
L'article 4 de la loi du 23 février 2005 stipulant que «Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit.» a été voté par une quarantaine de députés.

10 mars 2004 : projet de loi déposé sur le bureau de l'Assemblée nationale.11 juin : examen en séance publique. A la faveur d'un sous- amendement apparaît le «rôle positif», le texte est voté cinq jours plus tard par les députés. 16 décembre : vote favorable du Sénat.

10 février 2005: texte adopté par l'Assemblée.

23 février: la loi est promulguée.
Le terme «positif» apparaît le 5 mars 2003 dans une proposition de loi déposée par plus de cent députés en tête desquels Philippe Douste-Blazy et Jean Léonetti (UMP, Alpes-Maritimes), qui propose l'article unique d'un texte de loi ainsi formulé : «L'oeuvre positive de l'ensemble de nos citoyens qui ont vécu en Algérie pendant la période de la présence française est publiquement reconnue.» Il n'est pas encore question de l'enseigner dans les écoles. Renvoyé à la Commission des affaires culturelles, familiales et sociales de l'Assemblée, ce texte n'aboutira pas. Un mois auparavant, sur ce sujet, Jean-Pierre Raffarin avait confié une mission au député du Lot-et-Garonne Michel Diefenbacher. En septembre 2003, celui-ci remet un rapport visant à «parachever l'effort de solidarité nationale envers les rapatriés» et à «promouvoir l'oeuvre collective de la France d'outre-mer». «La France avait demandé à ses fils les plus intrépides d'assurer son rayonnement par-delà les mers : avec courage, avec enthousiasme, avec ténacité, ils l'ont fait. Les terres ont été mises en valeur, les maladies ont été combattues, une véritable politique de développement a été promue.» Dans une partie consacrée à l'enseignement, le traitement de la fin des empires coloniaux et des guerres les accompagnant dans les manuels scolaires (cinq éditeurs cités) est critiqué car ils «font trop souvent penser que la violence était d'un seul côté». Les associations de rapatriés demandent que le ministre de l'Éducation ait un «droit de regard sur le contenu des manuels mis entre les mains des élèves et des maîtres».

Le 10 mars 2004, à la faveur d'un projet de loi «portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés», c'est au tour de Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, de faire un rappel : après avoir vanté les «apports de la France» en Afrique du Nord, elle souligne que «reconnaître l'oeuvre positive de nos compatriotes sur ces territoires est un devoir pour l'Etat français».

Ce projet se perdra lui aussi avant de resurgir le 11 juin 2004 à la faveur d'une autre proposition de loi concernant les rapatriés et dont le rapporteur est Christian Kert (UMP, Bouches-du-Rhône). C'est ce texte qui aboutira. Dans la discussion, Francis Vercamer (UDF) souligne que ce texte de loi est «très attendu par la communauté des pieds-noirs». La messe est dite par le député Christian Vannestre (UMP) : «Le sous-amendement 59 à l'amendement 21 et le sous-amendement de coordination 58 tendent à mieux faire connaître aux jeunes générations le côté positif de la présence française en Afrique et en Asie, dans la ligne voulue par Jules Ferry», première version de l'article 4.

La loi votée en première lecture sans vraie opposition ira au Sénat (le PS votera pour) et reviendra à l'Assemblée en décembre 2004 sans susciter de remous pour être promulguée le 23 février 2005 et publiée au Journal officiel. C'est là que des historiens feront part de leur stupeur.

Marc Bloch: "Il n'y a donc qu'une science des hommes dans le temps et qui sans cesse a besoin d'unir l'étude des morts à celle des vivants. Comment l'appeler? J'ai déjà dit pourquoi l'antique nom d'histoire me paraît le plus compréhensif, le moins exclusif, le plus chargé aussi des émouvants souvenirs d'un effort beaucoup plus que séculaire; partant le meilleur. En proposant ainsi de l'entendre, contrairement à certains préjugés, d'ailleurs beaucoup moins vieux que lui, jusqu'à la connaissance du présent, on ne poursuit -faut-il s'en défendre?- aucune revendication corporative. La vie est trop brève, les connaissances trop longues à acquérir pour permettre, même au plus beau génie, une expérience totale de l'humanité. Le monde actuel aura toujours ses spécialistes, comme l'âge de pierre ou l'égyptologie. Aux uns comme aux autres, on demande simplement de se souvenir que les recherches historiques no souffrent pas d'autarcie. Isolé, aucun d'eux ne comprendra jamais rien qu'à demi, fût-ce à son propre champ d'études; et la seule histoire véritable, qui ne peut se faire que par entraide, est l'histoire universelle." (Apologie pour l'histoire, Quarto Gallimard, Paris 2006, p.881)

INSISTIR SUR MAI 2008?

Vacarme a publié un dossier sur Mai 1968, être anti-autoritaire aujourd'hui.

Stany Grelef et Sacha Zilberfarb signent l'avant-propos de ce dossier:

Mai 68, ou l’interdiction d’interdire. D’où la haine que la droite porte à ce printemps, dont elle rêve de « liquider l’héritage ». D’où l’embarras de la gauche de gouvernement à en assumer le legs : on serait allé trop loin. D’où le dossier qui suit : c’est bien la dimension anti-autoritaire de mai qu’il faut faire vivre, pour deux raisons au moins.

D’une part, lire mai 68 comme un grand moment de contestation de l’autorité n’est sans doute pas la plus mauvaise manière de s’en approprier l’histoire : si quelque chose a pu réunir étudiants et ouvriers, c’est bien la remise en cause de l’autorité, qu’elle soit mandarinale (« Althusser trop fort », « Althusser à rien ») ou patronale (voir La reprise du travail aux usines Wonder). Surtout, penser l’anti-autorité quarante ans après mai 68, c’est s’efforcer de la penser au présent. Car la question de « l’héritage » est un piège : les événements de mai furent un moment daté de l’anti-autoritarisme, comme l’étaient les pouvoirs qu’ils bousculaient — un général à l’Élysée, une organisation disciplinaire du travail, une université élitiste, une famille patriarcale. Il s’agit donc de penser un anti-autoritarisme adéquat aux autorités contemporaines, d’autant qu’elles ont su, pour certaines d’entre elles, pleinement intégrer la critique soixante-huitarde.

Comment, donc, être anti-autoritaire aujourd’hui ? Cinq pistes.
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zeitgeist le film et son addendum de 2008