« Fais en un monument. » C’est en substance ce qu’aurait fait dire Jacques Duclos à Louis Aragon en lui transmettant les renseignements recueillis sur place et les lettres des internés de Châteaubriant.
À Choisel, sur un terrain caillouteux et planté de pommiers, à deux
kilomètres de la ville de Châteaubriant, fut édifié en 1940 un camp de
baraques en planche, entouré de barbelés. Les premiers prisonniers
en furent des soldats français, arrêtés aux premiers jours de
l’occupation allemande: "ils sont tout de suite devenus nos mascottes, se
souvient Marie, 75 ans, une habitante de Châteaubriant.
Toute la ville avait
pris l’habitude d’aller se promener aux abords du camp, c’était devenu une
sorte de ballade. Chacun tentait de leur faire passer des petites choses à
travers les barbelés. On se reconnaissait en eux, on avait l’impression de
partager le même destin dans la guerre, de faire partie de la même famille.
Tout le monde a pleuré leur départ, quand ils ont été envoyés en Allemagne
en janvier 1941".
Quelques mois plus tard, au même endroit et dans les mêmes baraques, se
retrouvent entassés environ 700 "internés politiques" français, ceux que les
nouvelles lois désignent comme "agitateurs", "indésirables", ou "terroristes",
autrement dit les dirigeants syndicaux, les chefs de divers mouvements du
Front populaire et surtout les communistes, tous les communistes. Dans les environs, ils ne suscitent d’abord ni chaleur, ni élan particuliers.
"C’était tout à fait autre chose, ça faisait peur. A l’époque, pour beaucoup, les
communistes étaient des parias surtout dans les petits pays", reprend Marie."Quelques uns en ville en parlaient avec sympathie mais, c’était surtout en
réaction ou par dégoût contre les soldats allemands et les collaborateurs".
Au
printemps 1941, Guy Môquet, 16 ans, fait partie d’un convoi de déportés vers
Châteaubriant. Fils d’un député PC de Paris, il a été arrêté Gare de l’Est pour
avoir distribué des tracts "contre la guerre impérialiste". Il y a alors environ
200 camps en France, tous gardés par des gendarmes ou des policiers
français. Evacué en 1942, celui de Châteaubriand, est resté un objet de
terreur dans la région. Longtemps après, raconte Alfred Gernoux, "aux gosses
peu sages, les parents disaient : je vais t’emmener au camp" (in
"Châteaubriant et ses martyrs", 1946).
Florence Aubenas, le Nouvel Observateur
Ce texte, imprimé en tracts répandus dans toute la France en 1942, a été lu à Radio-Londres et Radio-Moscou. La presse alliée
l’a publié. Ces pages bouleversantes ont fait le tour du monde. Elles étaient signées « le Témoin » par celui qui, animant la
Résistance intellectuelle de la zone Sud, adopta aussi le nom de François la Colère.
L'Humanité en a publié très larges extraits:
« Je ne sais qui lira ce qui va suivre. Je m’adresse à tous les Français et aussi simplement à tous ceux qui, au-delà des limites de
la France, ont quelques sentiments
humains dans le coeur, quelles que soient leurs croyances, leur idéologie, leur nation.
Peut-être seront-ils retenus de
m’accorder créance, parce que je ne signerai pas. J’atteste qu’il n’est rien au monde que je voudrais autant pouvoir faire que
d’avoir l’honneur de signer ceci.
C’est la mesure de l’iniquité et de la barbarie qu’aujourd’hui nous ne puissions dire notre nom
pour appuyer une cause aussi juste, aussi généralement considérée comme noble et élevée, qu’est la cause de la France.
Ceux
qui meurent pour elle dans notre pays meurent anonymes ; le plus souvent, on ne dit même pas qu’ils sont morts, et tout ce
qu’on ose écrire, c’est qu’un individu a été exécuté. Je partage ici le glorieux anonymat de tant de morts que vous ne pouvez
plus vous étonner de cet anonymat.
Si j’élève une faible voix, c’est parce que certains des morts me l’ont demandé, c’est en
leur nom que je vous parle. Ils sont tombés sous les balles allemandes. Ils sont morts pour la France.
On dira que c’étaient
des communistes.
Les faits sont simples et personne ne les nie. Le 22 octobre 1941, 27 hommes ont été exécutés par les Allemands à côté du
camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure) pour des faits datant de quelques jours, dont ils étaient notoirement ignorants, ..." lire l'intégrale du texte
